J’aurais aimé vous entretenir de quelque fait divers remarquable dont Bruxelles aurait été le théâtre et qui dans le fond ne serait qu’un prétexte pour vous peindre un  tableau spirituel, mais non dépourvu de poésie, de l’absurdité de la condition humaine et de l'incommodité des transports en commun.
Malheureusement, les spécialistes vous le diront, l’actualité ne se commande pas et ce jour c’est Liège qui servira de prétexte à vous montrer ma verve.
Que s’y est-il donc passé pour que toi, chroniqueur bruxellois, détourne ton attention vers les rives de la cité ardente et cependant mosane?
Eh bien lecteur impatient, et qui de plus se permet de me tutoyer, tu le saurais déjà si tu ne m’avais interrompu. Il s’y passe que le génie de l’homme y a fait preuve d’un développement jusque là insoupçonné, que son sens pratique et son imagination novatrice le portent vers les sommets de la civilisation, que son esprit positif fait faire des progrès au progrès, comme l’a écrit Philippe Meyer sous le patronage duquel je place cette rubrique.
Mais quelle trouvaille, quelle invention place l’ardente cité de Liège en tête des nations sur la marche constante du progrès vers le progrès? Et bien lecteur tremblant d’impatience, je m’en vais étancher ta soif de connaissance lorsque tu auras fini de m’interrompre.
Il  s’y passe que l’élite des artisans charcutiers liégeois y a confectionné le plus long boudin blanc du monde. L’opiniâtreté de ces aventuriers de la connaissance a permis de constituer une charcuterie atteignant la taille impressionnante de 600 mètres. Inutile de l’ajouter, aucun détail n’a été omis pour qu'elle soit digne des hommages: elle est entièrement constituée de boyau naturel et comprend sa ration de marjolaine de Liège sans laquelle elle ne pourrait se revendiquer dignement du terroir. Gageons qu'elle figurera en bonne place dans le Guiness book des records, catalogue raisonné des productions des esprits en prise à l'oisiveté.

J'ai bien l'honneur de vous saluer.