Les sceptiques douteront, les ricaneurs ricaneront, les hausseurs d’épaules se livreront à leur office mais ils ne me feront plus changer d’avis. Désormais c’est décidé, je crois en la réincarnation. Et pourtant j’étais un sectateur du scepticisme, j’avais participé à des campagnes de ricanement contre Paco Rabane, j’étais un hausseur d’épaules intégriste. J’étais ce misérable égaré jusqu’à la lecture de l’ouvrage du savant soviétique Ivan Akhmedov [1] bien connu des lecteurs éclairés. Les autres apprendront ici même qu’il fut le plus grand spécialiste de la réincarnation en URSS et un psychologue réputé. Chacun sait que l’hypnose permet de revoir des scènes de vies antérieures. Les plus illustres de nos contemporains en ont fait l’expérience et se sont découvert des existences passées aussi mondaines et brillantes que leur carrière, ce qui ne manque jamais pas d’attirer les sarcasmes des tristes rationalistes. Mais l’ouvrage susnommé apporte de quoi leur clouer le bec. Voici comment l’illustre savant relate ses visions sous hypnose :

(…) il pleuvait, je me trouvais dans une rue sale, le trottoir et la rue étaient pavés, des flaques d’eau se formaient un peu partout et l’on voyait ça et là des étrons canins. Je levai les yeux pour voir où je me trouvais et je vis une plaque portant le nom de la rue, elle s’appelait rue des Tanneurs, il y avait aussi une autre inscription en caractères latins mais dans une langue incompréhensible.

Etrange, il y a une rue des Tanneurs à Bruxelles, dans le quartier des Marolles. D’ailleurs le décor (pluie, pavés, rue sale, crottes de chiens…) décrit assez fidèlement la capitale belge. Plus étrange encore, l’inscription de la plaque de rue dans une langue incompréhensible. Serait-ce du néerlandais ? Mais poursuivons notre lecture :

(…) sur un banc, je trouvai un journal nommé Le Soir, il portait la date du 9 juillet 1909.

Le Soir, quotidien belge bien connu, paraissait déjà à l’époque. Mais comment le professeur Akhmedov, né en 1922, pouvait-il le savoir ? La suite est plus troublante encore :

Il flottait une forte odeur de friture, je me dirigeai vers l’endroit d’où elle semblait provenir, une sorte de cabane en bois portant une l’inscription (je transcris) ‘t witte madameke. Il s’agissait d’une sorte d’échoppe où l’on servait des pommes de terre frites dans des cornets de papier.

Le savant décrit là un fritkot (baraque à frites) typiquement bruxellois et l’écriteau que porte celui-ci ne laisse plus aucun doute sur sa situation géographique. Pourtant, sa biographie est formelle, le savant n’est jamais venu en Belgique. Comment pouvait-il connaître autant de détails sur cette ville alors ? Une conclusion s'impose: le professeur Akhmedov est la réincarnation d’un bruxellois ayant vécu au début du 20ème siècle.

J’ai bien l’honneur de vous saluer.

[1] Ivan AKHMEDOV Utilisation de l’hypnose dans la psychologie clinique soviétique, Ed. MIR, Moscou, 1968