vendredi 11 janvier 2008
Le plaisir de manger épicé
- … et vous venez de quel pays ? - De là… - Allez ! Et ben on dirait pas, vous n’avez pas du tout l’air ! Remarquez, maintenant que vous le dites… - Je sais madame, c’est ce qu’on me dit dans ces cas là… - C’est quand même gai toutes ces cultures! Mais vous n’avez pas du tout un nom typique, Thierry c’est pas un nom de chez vous ! - Effectivement, mais remarquez Kevin ce n’est pas un nom belge madame… - En tout cas vous n’avez pas du tout l’accent, vous parlez très bien français ! - C'est-à-dire que j’ai perdu mon accent lors d’un accident de moto… - Oh vous savez, j’adore vos danses traditionnelles, vous devriez venir nous faire une démonstration ! - Là tout de suite ? - S’il vous plaît ! - Heu… mais alors vous me montrez la danse des gilles de Binche, je trouve ça tellement pittoresque ! - Ce que vous pouvez être susceptible ! C’est bien de chez vous ça ! - Quand on dit que je suis susceptible, ça me vexe… - … et vous mangez les plats de chez vous ? - Oui madame… - Ça doit être délicieux, je suis sûre que vous aimez manger épicé ! - Bien entendu madame, mais je ne fais jamais les deux en même temps. J’ai bien l’honneur de vous saluer.
mardi 8 janvier 2008
Tranche de vie
Je pouvais m’attendre à beaucoup de choses en sortant ce matin, mais pas à vivre une journée aussi banale. C’est même très rare de voir des journées d’une telle banalité, surtout par les temps qui courent.
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
lundi 7 janvier 2008
La bonne nouvelle
Cette fin d’après midi était dominicale et le vent glacé de cet hiver allongeait l’attente du bus d’au moins 25 minutes. Le bruit des voitures restait en suspends dans l’air froid où il se congelait rapidement et retombait en fines lamelles sur le bitume sale et le trottoir que j’arpentais en calculant mentalement combien de pas pouvaient contenir 25 minutes et par une opération arithmétique appropriée, combien de fois ferais-je les cents pas jusqu’à l’arrivée du bus précité. D’autres pieds s’adonnaient à la même occupation en croisant parfois le carré imaginaire dans lequel je m’étais volontairement enfermé, lequel carré avait pour limite une poubelle, un poteau et le bord du trottoir correspondant aux deux éléments précités. Deux de ces pieds se distinguaient des autres par leur manière qu’ils avaient de passer près des miens avec insistance et parce qu’ils étaient chaussés de cuir noir. Ils étaient surmontés de jambes recouvertes d’un pantalon de la même couleur prolongé d’un veston assorti et d’un chapeau. Le visage sous le chapeau me demanda :
- Connaissez-vous Jésus Christ ?
- Non,répondis-je, je n’habite pas le quartier
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
vendredi 4 janvier 2008
Conte de noël
Un des intérêts majeurs des transports en commun bruxellois est d'offrir un terrain d'expression favorable aux individus présentant des comportements incongrus. Depuis que ma préférence s'est portée sur la fréquentation des lignes circulant dans le périmètre de la petite couronne, j'ai pu voir de mes propres yeux des voyageurs déguster du poulet rôti, d'autres se régaler de gaufres, de hamburgers, de frites et même de mitraillettes, beaucoup dont la base alimentaire semblait se limiter au sandwich ou à une de ses variantes et certains, plus matinaux il est vrai, ingurgiter des couques. J'ai eu le privilège de partager quelques minutes de voyage métropolitain avec des buveurs de bière, de coca, de café, de vin et plus rarement d'eau minérale. Il m’est arrivé d’assister aux effets diurétiques des dites boissons sur les précités voyageurs ou d’en constater les traces. J’eus la satisfaction de constater que mes collègues navetteurs mettent à profit leur quart d’heure de voyage quotidien pour prendre soin de leur hygiène corporelle en se coiffant, en se coupant les ongles, en s’épilant les sourcils ou le duvet, en se curant les dents voire même le nez. Mais c’est la première fois que je vois un type s’extraire le cérumen des oreilles à l’aide d’un ustensile métallique visiblement destiné à cet effet pour le nettoyer ensuite sur le siège d’à côté. Sans doute parce que je voyage rarement sur la ligne 66 le jour de noël.
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
