chronicae bruxellensis

Texticules et pensées obsessionnelles sur Bruxelles, les moeurs de ses habitants et plénipotentiaires et autres sujets remarquables...

vendredi 28 novembre 2008

Le pékinois mitigé

Depuis qu'il n'est plus dans les usages de se faire réveiller par un majordome, préalablement ramené d'une campagne dans les indes orientales, qui vous sert le thé et puis s’incline en psalmodiant : que le soleil irradie votre journée, sahib, l'homme moderne et cosmopolite est contraint de se réveiller lui-même. Il est assisté dans cette épreuve par un radio-réveil. Sans vouloir me vanter, je dispose d’un tel ustensile qui me rappelle quotidiennement l’heure où débutent les manœuvres préparatoires à l’intégration de mon lieu d’incarcération laborieuse en diffusant des informations radiophoniques et cependant matinales. Je ne sais pourquoi en écrivant ces lignes, me revient à l’esprit le souvenir de ce matin du mois d’août 2008 où alors que l'aurore nous lave les mains rien ne semblait surpasser en importance les Jeux Olympiques de Pékin. Le journaliste annonça l’interview d’un pékinois mitigé. Je connais le scepticisme du hongkongais, je sais la tempérance du singapourien, je soupçonne l’existence de cantonais modérés, mais j’ignorais l’existence du pékinois mitigé. Malgré l'importance du scoop, et l'intérêt qu'il y a à faire un micro-trottoir dans une ville de plus de 18 millios d'habitants, je ne pus réprimer un léger haussement d’épaules. J'avoue même avoir ressenti une manière de détachement, une imperceptible indifférence, un peu comme ce matin, lorsque le sus nommé radio réveil m'informa de la scission de l'union belge de football.

J'ai bien l'honneur de vous saluer.

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lundi 24 novembre 2008

Le lecteur doué d’entendement est prié d’observer une minute de silence en hommage au lachanophobe végétarien dont la vie triste et grisâtre présente aussi peu d’intérêt qu’un hymne national.

J’ai bien l’honneur de vous saluer.

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lundi 10 novembre 2008

Copinage

Si par les œuvres de la Providence vous deviez vous trouver dans l’environnement de la rue des Celtes à Etterbeek le 13 novembre vers 21 heures, il vous est conseillé de vous rendre au numéro 17 de la dite rue qui héberge le bar Akazoé. Et vous feriez bien car vous pourrez assister au set de DJ QUILOMBO, membre de l’Institut, fondateur et trésorier d’ALJAMÍA SOUNDSYSTEM, assistant social et disque jockey comme son nom semble l’indiquer. Il se dit même que je m’emparerai des électrophones pour passer quelques 45 tours de musique entraînante et que si vous venez de ma part, vous pourriez vous voir offrir un capacimètre analogique.

J’ai bien l’honneur de vous saluer.

AKAZOE BAR

Av. des Celtes, 17

1040 Bruxelles

13.11.2008 àpd. 21 :00

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vendredi 7 novembre 2008

Les gardes belges

L’actualité me donne l’occasion de republier un article paru sur ce même blog en octobre 1924 et qui m’avait valu un certain succès dans les salons. J’y faisait le compte rendu d’un voyage en Italie et d’une surprenante visite du Vatican.

(…) je remarquai un homme d’un âge infiniment respectable et vêtu à la manière des levantins qui regardait en ma direction. Son costume trahissait l’élévation de son rang et sa barbe blanche[1] ajoutait un air de sagesse à la noblesse de sa physionomie. Il m’adressa la parole en un français très correct dans lequel apparaissait toutefois un soupçon d’accent oriental :

§         À vous observer, monsieur, l’on remarque que vous êtes natif de Bruxelles, ou pour être plus exact, que vous y séjournez depuis fort longtemps…

§         Ah bon ? fis- je 

§         Yâni[2], il est des détails de votre mise et une tournure de vos gestes qui ne laissent aucun doute à ce sujet…

L’intéressant vieillard m’indiqua aussitôt les détails dont il parlait, révélant une connaissance approfondie de nos coutumes et usages. Voyant mon étonnement, il entreprit aussitôt de s’expliquer :

§         J’ai séjourné longtemps dans votre patrie où j’exerçai auprès de votre roi Guillaume-Ferdinand 1er, que son œil soit éclairé[3], la fonction de consul du grand agha Sinan[4], ataman des Abkhazes, commandeur des Turcomans et des Tcherkesses.

J’étais stupéfait, mon interlocuteur n’était autre que Feridun bey. Le consul qui avait sauvé le ministre Van D*** d’un déshonneur certain lors de l’affaire des chemins de fer mésopotamiens. Celui qui avait favorisé l’installation de nos comptoirs commerciaux dans le Caucase. Le célèbre diplomate avait si habilement œuvré au rapprochement de notre royaume et de celui d’Abkhazie qu’ils avaient fini par avoir une frontière commune. On raconte même que l’habile ambassadeur se doublait d’un fin théologien et qu’il avait presque convaincu notre monarque d’alors de devenir mahométan. Les historiens les plus instruits ont écrit que s’il avait accepté de ceindre le turban, Baudouin 1er, son descendant direct, aurait régné sur le Caucase, une partie de l’Asie centrale et du Pakistan, mais cette âme monastique élevée dans la sobriété pluvieuse de la cour de Belgique devait s'accorder mal aux fastes des royaumes orientaux.

Me voyant revenir de ma surprise, il poursuivit :

§         Permettez-moi, bey efendi, de vous faire une révélation à la condition de me promettre de garder le secret le plus absolu, dit-il 

§         Ma réputation et ma parole de gentleman vous suffisent-elles ? demandai-je

Elles lui suffisaient. Il entreprit son explication.

§         Voyez-vous ces gardes à l’entrée des bâtiments que nous allons visiter ? demanda-t-il 

§         Oui se sont les gardes suisses…

§         Et bien je puis vous dire qu’ils n’ont rien d’helvétiques car ils proviennent du plat pays, dit-il alors que sont visage s’emplissait de mystère

§         Vous voulez dire que les gardes suisses sont belges ? Mais…

§         Il s’agit d’une incroyable méprise que je vais vous expliquer immédiatement.

Et le noble vieillard me fit alors une explication qui ne pouvait être mise en doute tant ses paroles portaient l’accent de la vérité. Il termina son récit puis s’éloigna en me saluant à la manière des levantins, c'est-à-dire qu’il posa sa main droite sur son cœur puis la porta à son front avant de la lever au ciel tandis que son visage exprimait un doux renoncement en signe d’humilité devant le juge de toutes choses[5].

J’ai bien l’honneur de vous saluer


[1] Il convient qu’un vieillard porte une barbe blanche.

[2] Yâni, en effet : expression courante chez les levantins

[3] Gözün aydın : littéralement œil éclairé, expression turkmène exprimant dans ce contexte une admiration mêlée de respect. Au fait, vous avais-je dit que Feridun bey était turkmène ?

[4] Sinan Ağa, dit Qanuni Sinan (Sinan le législateur), disposait d’un réseau de diplomates très influent.

  [5] Hekim (de l’arabe hakim: le juge) est un des 99 noms d’Allah

Posté par thco à 13:16 - Croquis, fusains et quelques portraits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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