chronicae bruxellensis

Texticules et pensées obsessionnelles sur Bruxelles, les moeurs de ses habitants et plénipotentiaires et autres sujets remarquables...

vendredi 15 décembre 2006

La Belgique s'éclate

Le canular est un art majeur, au même titre que le lancer de tarte à la crème, le contrepet et le calembour. Il exige la plus rigoureuse discipline. Il exige aussi le sens de l’abnégation, car celui qui s’essaye à cet art difficile nourrira sa satisfaction des froncements de sourcils unanimes et des propos sévères qui lui seront adressés. Le canular doit provoquer l’hilarité secrète d’un petit groupe de comploteurs oisifs pendant qu’il soulève l’indignation générale. Les journalistes de la RTBF, auteurs du très remarqué La Flandre proclame son indépendance, ont réussi une pièce maîtresse en la matière. Un chef d’œuvre salué par tous et notamment le CSA qui va ouvrir un dossier d’instruction, comme nous l’apprend le site de la RTBF, sur lequel on lira aussi que Fadila Laanan, ministre de l’audiovisuel, mande une mission d’enquête. Soulignons aussi les félicitations D'Elio Di Rupo, président du PS, une émission au goût douteux, des canulars de ce type n'ont pas de place dans ce pays et celles du MR consterné et indigné que l'on ait ainsi traité un sujet sensible à une heure de grande écoute dans une émission réputée sérieuse, traitée de manière irresponsable. Tous relèvent le manque d'éthique journalistique. Rappelons que l'éthique journalistique consiste à faire des reportages sur la rentrée des classes le 1er septembre, sur noël en fin d'année, sur les soldes en période de soldes, sur les étés pourris en Belgique. Elle impose de diffuser les chiffres truqués de la baisse du chômage, de faire suivre des sujets sur les maghrébins d'Europe par des infos sur les attentats islamistes en Irak...
Mais le canular a un mérite, il révèle le manque d'humour de nos compatriotes (car je ne voudrais pas me vanter, mais nous sommes compatriotes). La Belgique éclatera un jour ou l'autre, mais pas de rire.

J'ai bien l'honneur de vous saluer.


 

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lundi 17 juillet 2006

Baantjer

Le Belge, et singulièrement le Bruxellois qui est une variante de Belge, doit se considérer comme le plus heureux représentant des nations avancées, car il peut recevoir à l’aide d’un simple téléviseur les émissions des chaînes publiques flamandes. Et son bonheur s’orne du privilège de regarder Baantjer, le lundi soir sur la première chaîne de la télévision susnommée. Pour donner une idée du phénomène, on pourrait dire que Baantjer c’est comme Derrick en plus Hollandais. Mais la comparaison s’arrête là car l’interprétation pétrie de retenue luthérienne de Piet Römer, l’inspecteur De Cock dans la série, le distingue très nettement de son homologue bavarois. Comme vous l'aurez compris, la série se déroule aux Pays Bas, contrée amie et néanmoins limitrophe connue notamment pour les prix concurrentiels des substances psychotropes et l’accent incompréhensible de ses habitants. Et je n’exagère rien en écrivant incompréhensible, les Flamands eux-mêmes sont obligés de sous titrer les épisodes sans quoi ils ne pourraient les suivre.
Bien sûr les scénaristes hollandais sont des gens modernes et cosmopolites et à ce titre, ils ont octroyé quelques rôles de faux coupables à des noirs, pardon, à des allochtones. D’ailleurs c’est un des plaisirs de la série. Voir des noirs parlant un néerlandais si correct que les électeurs du Vlaams Belang (ex Vlaams Blok) ne comprendraient pas s’il n’était sous titré.

J'ai bien l'honneur de vous saluer.

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mardi 27 juin 2006

L'esprit sportif

Les égyptologues sont des individus néfastes et oisifs dont l’occupation principale consiste à découvrir des pharaons morts, ce qui se révèle beaucoup plus facile et moins méritoire que de découvrir des pharaons vivants. En outre, ils sont dénués de tout sens moral et participent au sentiment d’insécurité dans les transports en commun. Heureusement, il existe des professions favorables au progrès des arts et à l’avancement des idées, comme celle de journaliste sportif belge. Celui-ci se distingue de ses homologues, français notamment, par son extrémisme. En effet, le journaliste sportif belge est extrêmement modéré. Soucieux du respect de l’éthique journalistique, il se montre d’une objectivité scrupuleuse. Lors de la retransmission du match opposant les Togolais aux Français, les commentateurs de la RTBF (télévision belge) plutôt que de s’enthousiasmer pour la France, nation amie et néanmoins limitrophe, ont fait preuve d’une impartialité biblique. Afin de ne pas influencer le jugement et la sensibilité spectateurs, ils ont adopté un ton rappelant celui des commentateurs des épreuves de patinage artistique dans l’ancienne Allemagne de l’est. Le journaliste sportif belge évite les grandes envolées lyriques, les observations hâtives sur le tempérament des nations et les invectives racistes. Plus remarquable encore, il peut passer des minutes entières sans dire de conneries. D’ailleurs, il passe des minutes entières sans rien dire du tout. Par prudence sans doute.

J’ai bien l’honneur de vous saluer.

Posté par thco à 13:38 - Chroniques télé - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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