mercredi 14 octobre 2009
Le soulier de Mehmet ağa
Il se trouvera peut être quelque lecteur assez malveillant pour voir dans ce billet un message détourné à l’intention de l’honorable Gaston Lapoire, lequel est prié de transmettre son numéro au bureau du journal (ou d’envoyer un pneumatique), car j’ai paumé mon GSM et c’est bien gênant tant le besoin d’ingurgiter une carbonnade accompagnée de boissons à base de céréales fermentés dans un certain établissement proche de la chaussée d’Ixelles se fait sentir ces derniers jours. Le précité lecteur a bien raison, ce qui ne le dispense nullement de lire la ci-présente traduction, d’autant qu’il se souvient parfaitement des circonstances authentiques par lesquelles la Providence avait mis ce texte rare entre nos mains.
On raconte que Feridun bey avait formé le vœu de se rendre dans la ville de Sarıkaya[1] afin de d’y visiter les türbe[2] de croyants célèbres, car il est connu de tout homme de bien que l’exemple des savants et la piété des saints élèvent les esprits et fortifient les âmes. Alors qu’il cheminait sur la route de Kerkük[3], il rencontra un marchand qui était assis sur le bord du chemin. L’homme l’interpella:
- Bonjour beau frère[4], dit-il, allez-vous loin ou allez vous en Irak[5] ?
- Je vais à Sarıkaya si Dieu le veut, répondit Feridun qui goûta la plaisanterie.
- Alors nous marcherons ensemble car voici la route qui va vers cette ville, dit le marchand.
- Chez nous Turkmènes, ce sont les passants qui vont et non les chemins, plaisanta Feridun.
Les deux compères rirent de bon cœur. Ils convinrent que comme ils formaient une société agréable ils se devaient de déjeuner ensemble. Le marchand invita le saint homme à prendre place sur des almuades[6] et des yorgan[7] qu'il avait disposés sur une alfombre[8]. Ils partagèrent le fromage, le pain et les olives en se désaltérant de pastèque et de jus de grenade. Comme il avait rendu grâce au très Haut d'être ainsi rassasié[9], Feridun offrit de déguster les friandises qu'il avait emmenées avec lui et proposa de remercier son hôte en lui faisant un conte.
Sucrons-nous la bouche afin que nos paroles y soient douces, dit-il avant de se recommander au Miséricordieux car il s'apprêtait à entamer son récit.
Le lecteur recevra la suite du récit mercredi prochain par l’aéroplane de 8:32.
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
[1] La tradition situe généralement les contes de Feridun le pèlerin dans une région située entre le Syrie et la Turquie et parfois le nord de l’Irak. Les ouvrages conseillés en pareille circonstance ne renseignent aucune ville du nom de Sarıkaya, mais le texte semble indiquer que nous sommes en Irak.
[2] Türbe : tombeaux de personnages s’étant distingués par leur piété. La coutume veut que l’on y prie afin d’y exaucer des vœux.
[3] Kirkouk
[4] Enişte : beau-frère. L’usage veut que les turkmènes s’interpellent comme les membres d’une même famille.
[5] Irak gidiyom’mı, la langue française rend très difficilement la finesse de ce calembour, en turkmène ırak signifie loin et désigne le pays (Irak). Nous avons renoncé à traduire les contrepèteries du texte car il ne faut pas déconner non plus.
[6] coussin
[7] tissus servant de nappe et de baluchon
[8] Tapis d’origine persane
[9] Yarabi şükür (on trouve aussi : I-arabbi şükür), littéralement : que Dieu soit remercié, se prononce à la fin d’un repas copieux et en éructant très légèrement pour exprimer sa satisfaction.
mercredi 10 décembre 2008
Julien Grimonprez
Le souvenir des mercredis après midi en compagnie de Julien Grimonprez reste imprimé dans ma mémoire avec l'odeur discrète et doucereuse de graisse à frite froide qui imprégnait la maison de sa grand-mère. La perspective d’échapper quelques heures à la grisaille désoeuvrée de cette mi-saison bruxelloise, qui s’étend de mars à novembre, me poussait à suivre ce gamin antipathique quand il sonnait à ma porte en demandant sans enthousiasme : on va jouer chez ma bobonne ? Sa bobonne habitait à deux rues de chez mes parents, dans une maison haute et nostalgique, encombrée de meubles et de lambris sombres. Nous passions des heures à nous perdre dans le jardin ou à lire des Bob et Bobette dans les cuisines caves, jusqu’au moment où sa grand-mère nous appelait pour goûter. Elle nous gavait alors avec bienveillance de tartines de spéculoos, de chocolat granulé ou de cassonade Graeffe. Son intérieur avait la saveur fade et confortable de ces goûters, une saveur de Belgique désuète qui flottait sur les cartes postales de Blankenberge, le portrait de Baudouin et Fabiola et les souvenirs du Congo. Il y avait aussi les 78 tours de la star familiale, Chuck Grimonprez, le jazzman qui avait fait les belles heures du swingin’ Brussels. Je revis Julien devant la maison de son aïeule dont il avait hérité. Il se tenait devant la porte sans chapeau et en bras de chemise et m’attendait, car il m’avait vu passer. Je suis en train de vider les caves me dit-il, tu peux rentrer, y a des trucs qui peuvent t’intéresser. Il y avait en effet des trucs qui pouvaient m’intéresser, quelques carcasses de TSF dont les condensateurs variables étaient récupérables et surtout une édition des contes de Feridun le pèlerin[1]. Quand j’interrogeai Julien sur l’origine du bouquin il me répondit que ça devait appartenir à l’Arménien. Sa grand-mère parlait parfois de cet ancien locataire qui avait disparu en laissant toutes ces affaires et son argent. Prends-le je m’en fous me dit-il sans comprendre pourquoi je me réjouissais. Il y a de quoi pourtant, l’ouvrage n’est pas édité en persan mais dans la langue originale, le turkmène, et de plus écrit en caractères latins. Ce qui me permettra de vous en proposer une tentative de traduction. Je peux déjà vous dire que le premier conte s’intitule Comment l’astucieux Feridun échappa à un grand honneur. Pour la suite faudra attendre un peu, car ça va pas être de la tarte.
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
[1] Yolcu Feridun, Kerkük, Ed. Vatan, 1932.
vendredi 28 novembre 2008
Le pékinois mitigé
Depuis qu'il n'est plus dans les usages de se faire réveiller par un majordome, préalablement ramené d'une campagne dans les indes orientales, qui vous sert le thé et puis s’incline en psalmodiant : que le soleil irradie votre journée, sahib, l'homme moderne et cosmopolite est contraint de se réveiller lui-même. Il est assisté dans cette épreuve par un radio-réveil. Sans vouloir me vanter, je dispose d’un tel ustensile qui me rappelle quotidiennement l’heure où débutent les manœuvres préparatoires à l’intégration de mon lieu d’incarcération laborieuse en diffusant des informations radiophoniques et cependant matinales. Je ne sais pourquoi en écrivant ces lignes, me revient à l’esprit le souvenir de ce matin du mois d’août 2008 où alors que l'aurore nous lave les mains rien ne semblait surpasser en importance les Jeux Olympiques de Pékin. Le journaliste annonça l’interview d’un pékinois mitigé. Je connais le scepticisme du hongkongais, je sais la tempérance du singapourien, je soupçonne l’existence de cantonais modérés, mais j’ignorais l’existence du pékinois mitigé. Malgré l'importance du scoop, et l'intérêt qu'il y a à faire un micro-trottoir dans une ville de plus de 18 millios d'habitants, je ne pus réprimer un léger haussement d’épaules. J'avoue même avoir ressenti une manière de détachement, une imperceptible indifférence, un peu comme ce matin, lorsque le sus nommé radio réveil m'informa de la scission de l'union belge de football. J'ai bien l'honneur de vous saluer.
vendredi 7 novembre 2008
Les gardes belges
L’actualité me donne l’occasion de republier un article paru sur ce même blog en octobre 1924 et qui m’avait valu un certain succès dans les salons. J’y faisait le compte rendu d’un voyage en Italie et d’une surprenante visite du Vatican.
(…) je remarquai un homme d’un âge infiniment respectable et vêtu à la manière des levantins qui regardait en ma direction. Son costume trahissait l’élévation de son rang et sa barbe blanche[1] ajoutait un air de sagesse à la noblesse de sa physionomie. Il m’adressa la parole en un français très correct dans lequel apparaissait toutefois un soupçon d’accent oriental :
§ À vous observer, monsieur, l’on remarque que vous êtes natif de Bruxelles, ou pour être plus exact, que vous y séjournez depuis fort longtemps…
§ Ah bon ? fis- je
§ Yâni[2], il est des détails de votre mise et une tournure de vos gestes qui ne laissent aucun doute à ce sujet…
L’intéressant vieillard m’indiqua aussitôt les détails dont il parlait, révélant une connaissance approfondie de nos coutumes et usages. Voyant mon étonnement, il entreprit aussitôt de s’expliquer :
§ J’ai séjourné longtemps dans votre patrie où j’exerçai auprès de votre roi Guillaume-Ferdinand 1er, que son œil soit éclairé[3], la fonction de consul du grand agha Sinan[4], ataman des Abkhazes, commandeur des Turcomans et des Tcherkesses.
J’étais stupéfait, mon interlocuteur n’était autre que Feridun bey. Le consul qui avait sauvé le ministre Van D*** d’un déshonneur certain lors de l’affaire des chemins de fer mésopotamiens. Celui qui avait favorisé l’installation de nos comptoirs commerciaux dans le Caucase. Le célèbre diplomate avait si habilement œuvré au rapprochement de notre royaume et de celui d’Abkhazie qu’ils avaient fini par avoir une frontière commune. On raconte même que l’habile ambassadeur se doublait d’un fin théologien et qu’il avait presque convaincu notre monarque d’alors de devenir mahométan. Les historiens les plus instruits ont écrit que s’il avait accepté de ceindre le turban, Baudouin 1er, son descendant direct, aurait régné sur le Caucase, une partie de l’Asie centrale et du Pakistan, mais cette âme monastique élevée dans la sobriété pluvieuse de la cour de Belgique devait s'accorder mal aux fastes des royaumes orientaux.
Me voyant revenir de ma surprise, il poursuivit :
§ Permettez-moi, bey efendi, de vous faire une révélation à la condition de me promettre de garder le secret le plus absolu, dit-il
§ Ma réputation et ma parole de gentleman vous suffisent-elles ? demandai-je
Elles lui suffisaient. Il entreprit son explication.
§ Voyez-vous ces gardes à l’entrée des bâtiments que nous allons visiter ? demanda-t-il
§ Oui se sont les gardes suisses…
§ Et bien je puis vous dire qu’ils n’ont rien d’helvétiques car ils proviennent du plat pays, dit-il alors que sont visage s’emplissait de mystère
§ Vous voulez dire que les gardes suisses sont belges ? Mais…
§ Il s’agit d’une incroyable méprise que je vais vous expliquer immédiatement.
Et le noble vieillard me fit alors une explication qui ne pouvait être mise en doute tant ses paroles portaient l’accent de la vérité. Il termina son récit puis s’éloigna en me saluant à la manière des levantins, c'est-à-dire qu’il posa sa main droite sur son cœur puis la porta à son front avant de la lever au ciel tandis que son visage exprimait un doux renoncement en signe d’humilité devant le juge de toutes choses[5].
J’ai bien l’honneur de vous saluer
[1] Il convient qu’un vieillard porte une barbe blanche.
[2] Yâni, en effet : expression courante chez les levantins
[3] Gözün aydın : littéralement œil éclairé, expression turkmène exprimant dans ce contexte une admiration mêlée de respect. Au fait, vous avais-je dit que Feridun bey était turkmène ?
[4] Sinan Ağa, dit Qanuni Sinan (Sinan le législateur), disposait d’un réseau de diplomates très influent.
[5] Hekim (de l’arabe hakim: le juge) est un des 99 noms d’Allah
vendredi 11 janvier 2008
Le plaisir de manger épicé
- … et vous venez de quel pays ? - De là… - Allez ! Et ben on dirait pas, vous n’avez pas du tout l’air ! Remarquez, maintenant que vous le dites… - Je sais madame, c’est ce qu’on me dit dans ces cas là… - C’est quand même gai toutes ces cultures! Mais vous n’avez pas du tout un nom typique, Thierry c’est pas un nom de chez vous ! - Effectivement, mais remarquez Kevin ce n’est pas un nom belge madame… - En tout cas vous n’avez pas du tout l’accent, vous parlez très bien français ! - C'est-à-dire que j’ai perdu mon accent lors d’un accident de moto… - Oh vous savez, j’adore vos danses traditionnelles, vous devriez venir nous faire une démonstration ! - Là tout de suite ? - S’il vous plaît ! - Heu… mais alors vous me montrez la danse des gilles de Binche, je trouve ça tellement pittoresque ! - Ce que vous pouvez être susceptible ! C’est bien de chez vous ça ! - Quand on dit que je suis susceptible, ça me vexe… - … et vous mangez les plats de chez vous ? - Oui madame… - Ça doit être délicieux, je suis sûre que vous aimez manger épicé ! - Bien entendu madame, mais je ne fais jamais les deux en même temps. J’ai bien l’honneur de vous saluer.
mardi 8 janvier 2008
Tranche de vie
Je pouvais m’attendre à beaucoup de choses en sortant ce matin, mais pas à vivre une journée aussi banale. C’est même très rare de voir des journées d’une telle banalité, surtout par les temps qui courent.
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
lundi 7 janvier 2008
La bonne nouvelle
Cette fin d’après midi était dominicale et le vent glacé de cet hiver allongeait l’attente du bus d’au moins 25 minutes. Le bruit des voitures restait en suspends dans l’air froid où il se congelait rapidement et retombait en fines lamelles sur le bitume sale et le trottoir que j’arpentais en calculant mentalement combien de pas pouvaient contenir 25 minutes et par une opération arithmétique appropriée, combien de fois ferais-je les cents pas jusqu’à l’arrivée du bus précité. D’autres pieds s’adonnaient à la même occupation en croisant parfois le carré imaginaire dans lequel je m’étais volontairement enfermé, lequel carré avait pour limite une poubelle, un poteau et le bord du trottoir correspondant aux deux éléments précités. Deux de ces pieds se distinguaient des autres par leur manière qu’ils avaient de passer près des miens avec insistance et parce qu’ils étaient chaussés de cuir noir. Ils étaient surmontés de jambes recouvertes d’un pantalon de la même couleur prolongé d’un veston assorti et d’un chapeau. Le visage sous le chapeau me demanda :
- Connaissez-vous Jésus Christ ?
- Non,répondis-je, je n’habite pas le quartier
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
jeudi 6 septembre 2007
Interrogatoire d'embauche
… et de plus, je dispose d’une expérience de 3 ans en tant que sales executive et j’ai une très bonne connaissance du customer satisfaction process…
Et pourquoi avoir postulé chez nous ?
Votre société, leader sur le marché IT et mobile, est très bien positionnée et bénéficie d’une excellente image chez l’utilisateur final, je serais très heureux de participer à son développement…
Pourriez vous me donner trois de vos défauts ?
Heu… je suis perfectionniste dans la recherche des résultats, un peu trop ponctuel (ça peut agacer certaines personnes) et, dois-je l’avouer, un peu gourmand !
Et vos qualités ?
Et bien, je suis proactif, customer minded et je suis autonome tout en étant capable de travailler en équipe.
Bien, bien ! Je vais être franc avec vous, votre candidature nous intéresse beaucoup…
Oui ?
Mais il y a un points qui nous ennuie un peu
Ah !
Avec la tête que vous vous payez, vous ne seriez pas un tout petit peu, comment dirais-je, juif, espagnol ou rital ?
J’admets que je suis un peu des trois, et même balkanique… Mais j’ai demandé une modification de mon nom au ministère ! Voilà pourquoi je m’appelle désormais Dirk Verhulst et non *** !
Très belle initiative ! Toutefois vous comprenez que si nous ne sommes pas racistes, nous avons certains clients qui pourraient l’être…
Vous savez, avec une chemise bleu ciel à manches courtes et une cravate je pourrais même vendre de l’électroménager. Et si vous le souhaitez, je peux prendre un accent flamand…
Je vous le répète, votre candidature nous intéresse beaucoup…
J’ai bien l’honneur de vous saluer.
mercredi 22 août 2007
Le gaz lighting
Le premier échevin et le géomètre entrent sur la scène en exécutant la danse du mangegnon qui s'exécute en soulevant le pied droit sur un rythme en trois temps, les bras restent collés au corps. En se déplaçant, les danseurs improvisent des figures géométriques. A la troisième mesure, ils font un quart de tour, tendent la jambe droite et remontent le genou gauche vers le menton. La danse s'arrête quand termine la chanson du mangegnon.
Le premier échevin:
(l'air paternel, au commis rédacteur) Cher ami, j'ai tout lieu de croire que vous êtes un sacré petit veinard...
Le commis rédacteur:
Ah?
Le premier échevin:
Je crois savoir que vous allez bénéficier des derniers développements de la science moderne... mais monsieur le géomètre va vous en dire plus...
Le géomètre expert:
Hum, oui... votre foyer et ceux de votre diocèse ont été choisis pour, si je puis dire, bénéficier d'un dispositif nouveau et produit par notre science nationale... Il s'agit d'un système d'éclairage, si je puis dire, révolutionaire que nous avons nommé le gaz lighting.
Le commis rédacteur:
Heu... vous voulez dire: l'éclairage au gaz?
Le premier échevin:
Oui, si l'on veut...
Le géomètre expert:
Mais il présente des avantages évidents sur ce dernier...
Le premier échevin:
Mais bien entendu! Et en plus il constitue un progrès incontestable. D'ailleurs ne s'y opposent que ceux qui font de la résistance au changement.
Le commis rédacteur:
Il me semble que ce n'est pas si nouveau que çà. Je crains qu'il ne vaille pas l'électricité...
Le géomètre et l'échevin:
(en choeur, offusqués) Oh!
Le commis rédacteur:
Il éclaire moins, il est plus cher et plus dangeureux que l'électricité. Permettez-moi, messieurs, de décliner votre offre.
Le premier échevin:
(il s'emporte) Voyons mon petit vieux, il est plus cher car vous en utilisez trop. Moins vous en consommez, moins il vous en coûte. L'époque où l'on s'éclairait constamment est finie, il va falloir renoncer à vos privilèges. (se reprenant) Et puis il est beaucoup plus écologique car en plus, vous allez trier vos déchets.
Le géomètre expert:
Et nous n'utilisons que du gaz équitable...
Le premier échevin:
Vous voyez, il est même citoyen, ça devrait vous plaire, vous qui êtes un altermondialiste.
Le commis rédacteur:
Heu moi? Pas du tout mais...
Le géomètre et l'échevin l'interrompent brusquement et entonnent la chanson du mangegnon. Ils s'arrangent pour que leur chanson couvre les propos du commis.
J'ai bien l'honneur de vous saluer.
jeudi 26 juillet 2007
20% des bruxellois
…sans emploi, 20% des
bruxellois pourraient venir s’asseoir dans les transats en face de Saint Michel
et Gudule, 20% des bruxellois se demandent ce que peuvent bien faire tous ces
gens dans le tram à 9 heures 52, 20% des
bruxellois rentrent leur carte de pointage à la fin du mois, 20% des bruxellois ne peuvent pas se soigner
correctement, 20% des bruxellois auront du mal à payer leur loyer, 20% des bruxellois
survivent en se nourrissant exclusivement d’OGM, 20% des bruxellois regrettent de ne pas avoir un diplôme d’électromécanicien, 20% des
bruxellois se demandent comment ils vont tenir le coup sans rien faire jusqu’au
soir, 20% des bruxellois ne seront pas engagés comme customer service representative, 20% des bruxellois n’aiment pas
aller à l’ORBEM, 20% des
bruxellois s'en foutent de savoir qu'il faut dire ACTIRIS, 20% des bruxellois réfléchissent avant d’acheter un ticket de
tram, 20% des bruxellois pensent que ça fait le prix d’une gaufre, 20% des
bruxellois préfèrent se payer un café et lire les journaux, 20% des bruxellois
pourraient écrire ce blog, 20% des bruxellois se disent que dans le fonds, il
pourrait faire plus moche et qu'après tout, autant profiter de l’après-midi,
20% des bruxellois sont…
J’ai bien l’honneur de vous
saluer.
