chronicae bruxellensis

samedi 19 juillet 2014

Costumbres argentinas

Je m'étais précipité au fond du colectivo pour m'asseoir devant le type qui lisait le Corriere de la Serra, laissant Alberto se débrouiller pour payer son propre ticket. L'inviter maintenant c'était reconnaître qu'il était fauché au risque de raquer le reste de la journée en échange de regards contrits. En bon porteño Alberto avait compris que je l'avais faite à l'américaine et n'insista pas, voyant que je connaissais les usages.

Regarde, triomphe-t-il, le chauffeur c'est gouré, il m'a fait le tarif réduit! C'était sa manière de garder la face devant moi, et le type au journal.

Et moi je l'ai payé en australes1 fis-je pour adoucir sa défaite. Il apprécie la vanne, le type ricane. Nous prenons un air narquois, nous sommes entre connaisseurs.
Je voulais simplement me perdre dans Buenos Aires, me laisser envelopper par l'ombre des arbres, rentrer chez les disquaires, aller de librairie en librairie et quand je serais épuisé, m'asseoir sur un banc pour regarder passer les bus et lire leurs destinations: Belgrano, Constitucion, Palermo, Recoleta, Congreso, Retiro, Rivadabia, Corrientes, Yrigoyen... mes vieux récitaient ces noms en digérant les lasagnes lors des sobremesas dominicales, perdus dans leur nostalgie, sans plus nous voir moi et mon frère, jusqu'à ce que la bouilloire rappelle qu'il est l'heure du mate, que dehors il pleut, que c'est Bruxelles.
Après j'aurais trouvé une rôtisserie, puis un glacier et n'importe quel moyen de perdre du temps jusqu’à ce qu'il soit l'heure d’aller chercher ma cousine pour traîner à Corrientes.
Mais Alberto avait décidé de me coller. Je le détestais pour ça. Et parce qu'il avait les yeux de mon père. Bleus et délavés. La seule chose que les aïeux avaient emporté du shtetl.
Il compensait mon silence par des anecdotes édifiantes sur l'histoire de la Nation :
Sur cet édifice de type néo-classique, je t'invite à admirer la statue du plus grand fils de pute de toute l'histoire d'Argentine. Né en 1889, cet enfoiré c'est illustré par la répression des révoltes paysannes en Patagonie, comme l'a montré le film...
Il lançait quelques regards en coin pour s'assurer que le rital appréciait son érudition et la pureté classique de son argot. Il enchaîne sur quelques réflexions d'ordre péronistes puis évoque son amie danoise.
Mon amie danoise, dit-il avec assez de sous entendus dans la voix pour que l’on comprenne qu’il aurait pu la baiser, Mon amie danoise m'a dit un jour que les Argentins sont les Grecs des temps modernes.
Mouais, dis-je moi j'trouve plutôt que les Grecs étaient le Argentins de l'Antiquité...
Le dottore se marre franchement, Alberto mémorise la tirade et m'accorde une victoire morale.

J'ai bien l'honneur de bous saluer.


1L'austral n'a plus cours en argentine depuis 1991

Posté par thco à 14:51 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


mardi 19 avril 2011

tiens vous étiez là?

Avez-vous pensé que si on faisait fonctionner les centrales nucléaires à l'électricité, on aurait peut-être moins de problèmes?

 

J'ai bien l'honneur de vous saluer.

Posté par thco à 13:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



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